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Et si aujourd’hui était notre jour de chance ?

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Une belle aventure que raconte Peter Dafner, notre guide en Tanzanie lors d'un safari inoubliable 


 … deux vieux males se tenaient l’un à côté de l’autre dans les hautes pailles jaunes de la vallée Kilombero, se chauffant le dos vers le soleil couchant. Les chasseurs en étaient à leur 16eme jour de chasse sur 21. Beaucoup d’heures de marche à la recherche du gros porteur, mais ils n’avaient jusqu’alors récoltés qu’ampoules, éraflures, sueur et crainte. Et si aujourd’hui était notre jour de chance ?


Un face à face riche en émotions

Il y a deux jours seulement, nous avons suivi les traces de 2 grands éléphants aux empreintes prometteuses, une traque de 6 heures et de plus de 15 kilomètres … toujours proche, crottin encore tiède et soudain plus de traces, rien, perdu, comme volatilisé. Il avait fallu rentrer, faire le chemin en sens inverse jusqu’au véhicule, ils sont alors très long les 15 km en plein cagnard. Une marche en file indienne, comme des gnous, les pisteurs devant moi, les chasseurs dans mes pas et le game scout fermant la marche. Les petites abeilles de Mopane autour de nos yeux, oreilles, bouche comme seule compagnie. Il est impossible de reproduire en quelques lignes cette ambiance, cette souffrance, ce doute perpétuel qui caractérise la chasse de l’éléphant. Il faut l’avoir vécu, l’avoir senti, l’avoir rêvé pour le comprendre …
Soudain,  torpeur et état second qui est le notre volent en éclat avec  un face à face avec une femelle d’éléphant. Elle vient de nulle part, elle n’était pas là il y a encore une seconde et se trouve maintenant à 50 mètres de nous en bordure d’un buisson, les oreilles écartées, la trompe en l’air, essayant d’identifier ce tourment. Pas de problèmes, je pense au fond de moi-même, j’ai vécu cette expérience des dizaines et des dizaines de fois. On recule, on fait un détour et tout se passera bien … Elle en décide autrement cette fois-ci et nous charge sans autre forme de préavis, sans même émettre ce son tellement caractéristique  avant la charge. Je siffle et elle continue. Je crie en pensant qu’elle va s’arrêter et s’enfuir (ce qu’elles font généralement), rien n’y fait, elle arrive même encore plus vite, comme si j’avais accéléré le processus avec ma manœuvre de dissuasion.  A 15 pas, je demande à mon chasseur de tirer un coup de carabine au dessus de sa tête, elle ne ralentie pas pour autant. A 10 mètres, je crie à nouveau, mais mon doigt commence déjà à mettre la queue de détente de mon 500 nitro express sous pression … c’est dans ces moments là que tout semble se dérouler au ralenti, ou les décisions sont prisent en une fraction de seconde. Soudain, elle s’arrête en frappant le sol de ces pattes avant dans un nuage de poussière. Croyez moi, un éléphant en colère parait très gros à 8 pas de distance … Cette réaction je l’attendais, mon expérience me la faisait espérer. J’ai remué les bras et l'a crié à nouveau, en marchant même dans sa direction. C’était gagné , ma réaction l’a, d’un coup, mise mal à l'aise et fait changer d’attitude. L’éléphante s’est retournée et ai partie en courant, la queue dressée comme celle d’un phacochère.


La raison d'abord
De retour à notre spot d’observation favori « Manane », nous retrouvons nos deux grands éléphants males. Ils avancent lentement dans les hauts roseaux, leurs peaux ridées caressant les feuilles coupantes comme des rasoirs. Ils se nourrissent lentement, choisissant les jeunes pousses juteuses sur leur chemin. Ils sont trop loin pour pouvoir juger de la qualité de leurs ivoires, et nous ne voyons que leurs dos gris dépassant les roseaux. Le temps presse en cette fin d’après-midi, il ne reste qu’une heure de lumière et nous décidons de tenter notre chance par une rapide approche. Vingt minutes plus tard, nous sommes à 100 mètres des 2 grands males, quand soudain le vent de la nuit prend le dessus et tourne celui du jour. Ils nous sentent rapidement mais nous avons vite fait de nous remettre à bon vent. Ils n’ont courus que sur 50 mètres et nous avons vite fait de les rejoindre. Les éléphants s’arrêtent soudain se demandant pourquoi leur instinct les ont fait courir comme ça. Oreilles écartées, trompes en l’air, ils cherchent à identifier le danger. Lentement, très lentement, nous approchons encore … 40, 30, 20 mètres … je vois maintenant très bien l’un des deux géants. C’est un jeune Askari portant un bel et long ivoire, mais très fin. Le deuxième à probablement 60 à 70cm de plus au garrot, une tête bien plus grosse et la peau usée, mais je ne vois pas ses défenses, constamment cachées par les roseaux. Il serait facile de le tirer, mais sans voir ses défenses ? Nous nous déplaçons de quelques pas sur la gauche, puis sur la droite, mes pisteurs me portent même sur leurs épaules … rien n’y fait, impossible de découvrir cet or blanc. Mes sens me disent que c’est un vieux male beau porteur … où bien serait-ce mon imagination qui parle, ma volonté de croire que c’est bien celui que l’on cherche ? Es-ce suffisant pour donner l’ordre de tirer ? Le temps nous manque et les derniers rayons de soleil viennent de passer de l’autre côté de l’horizon, il faut prendre une décision. Je décide d’abandonner et d’essayer de les retrouver dans les jours qui viennent. La décision est dure à prendre après tant de recherches infructueuses.


Une quête enfin récompensée
Pendant que les 3 autres chasseurs de notre groupe couronnent leurs journées de succès avec un léopard magnifique, d’énormes crocodiles et quelques autres superbes trophées, mon chasseur et moi-même écumons la même zone jour après jour, dans l’espoir de retrouver nos deux éléphants.Le dernier jour du safari nous pousse à prendre une autre grande décision, car un autre gros léopard est sur l’un de nos appâts …  Devons nous l’affûter ou tentons nous une dernière fois de retrouver notre éléphant ? Mon chasseur est joueur, il aime les parties de poker, et comme il aurait pu le dire à une table de jeu, il me regarde et m’annonce … tout sur l’éléphant ! Je suis prêt et nous repartons à « Manane », pour une dernière fois, à la recherche de notre gros père vers 15 heures. Spectacle désormais habituel sous nos yeux, observant 20 000 hectares de plaines marécageuses riches en hippopotames bruyants, crocodiles, waterbuck … Bientôt nous repérons un gros troupeau d’éléphants arrivant de la gauche. Je retiens ma respiration, porte mes jumelles à mes yeux et cherche frénétiquement le dos d’un gros male. Le premier passage ne révèle que des femelles, avec deux males de taille moyenne … quelque chose sur la taille de ces deux males me semble étrange, et puis je réalise qu’ils se tiennent dans un trou, réduisant leurs tailles d’au moins un mètre. A ce moment précis, ils remontent révélant alors leurs vraies tailles et surtout … leurs défenses. Je reconnais immédiatement le plus jeune avec ces longues défenses et lorsque mes yeux tombent sur le deuxième, ma respiration se coupe. Ces défenses sont épaisses au niveau des lèvres, tachées d’un jaune foncé provenant du jus de cette végétation engloutie au fil des ans, et elles restent épaisses sur environ 1 mètre, avant de partir en pointe sur encore une trentaine de centimètres. Pas besoin d’en voir plus, ceci pourrait bien être notre dernière chance.
La joyeuse pagaille pour récupérer nos armes et munitions est comique, et nous courons bientôt vers le bord de la rivière en contre bas. Nous y avons une petite embarcation cachée sous un tronc d’arbre, juste pour ce genre d’urgence. Notre éléphant est maintenant complètement dégagé de l’autre côté de la rivière, mais toujours à environ 15à mètres de distance.Nous pagayons aussi discrètement que possible … 100 mètres … 80 mètres … 60 mètres … deux femelles dépassent notre gros porteur et ont dues sentir quelque chose car leurs trompes se dressent et elles retournent lentement dans les roseaux. Il est toujours devant nous, de face maintenant, trop loin pour un tir précis au cerveau dans cette position … 50 mètres … 40 mètres … Je demande à mon chasseur de se tenir prêt pour un tir de cœur, haut dans l’épaule, dès qu’il tourne … lentement, le bateau dérive en se rapprochant. Nos pulsassions cardiaques s’accélèrent quand le géant se tourne enfin pour suivre ces femelles. Il est maintenant en plein travers, la .416 de mon chasseur projette enfin sa blindée dans son épaule, il vacille, la .416 parle à nouveau et notre éléphant disparait dans les roseaux. Noua pagayons maintenant frénétiquement vers la berge, très abrupte. Notre ascension est prudente, nous ne savons pas encore si le male blessé ou si une femelle fortement mécontente ne nous attend pas à l’orée des roseaux. Comme je suis le premier arrivé en haut, je vois rapidement les femelle et l’Askari détaler déjà au loin, et bientôt de repère notre vieux male environ 150 mètres sur notre droite, marchant très lentement, la balle de poumon faisant vraisemblablement son effet. Nous le rattrapons rapidement et à environ 20 mètres, mon chasseur fait tomber le grand male d’une balle au cerveau en plein travers. Les pattes arrière s’effacent en premier, relevant la tête et la trompe très haut dans le ciel. Il sera mort avant de toucher le sol … notre quête d’ivoire est terminée. En marchant lentement vers lui, nous sommes envahis par un sentiment étrange, un mélange de joie pour avoir accompli ce rêve, et de profonde tristesse pour avoir enlevé la vie de cet animal majestueux.

 Mais c’est bien ce que la chasse nous réserve, une formidable palette de bonheur et de tristesse. Au bout du compte, ce sont nous les chasseurs qui avons toujours été, et qui j’espère resterons toujours, les plus concernés par la protection de ce formidable héritage qu’est la nature et sa faune. Nous sommes les seuls à pouvoir apporter aux générations futures, la chance de pouvoir aussi partir un jour, à la quête d’ivoire …

 

Bonne chasse à tous, et tous mes meilleurs vœux de notre camp en bordure de la rivière Kilombero, au fond du parc national du selous.

 

Mis à jour ( Lundi, 21 Décembre 2009 10:14 )